El Hadji Malick Sy |
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Auteur : La Rédaction - Publié le : 18/11/2025
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Serigne Cheikh déclarait à l'occasion de l'une de ses conférences : "Face aux réalités du système colonial, Maodo proposa sa médiation pour sauver les âmes"... |
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En 1917, Georges Hardy, Directeur de l'Enseignement en Afrique Occidentale Française, publiait son ouvrage « Une conquête Morale, l'Enseignement en AOF » ; un ouvrage préfacé par le Gouverneur Général de l'époque, François Joseph Clozel... mais, ces conquérants colonisateurs, savaient-ils qu'ils avaient en face d'eux, un autre conquérant moral, dénommé El Hadji Malick Sy ?
Plus qu'un résistant, Seydil Hadj Malick était un conquérant... un conquérant d'idées.
La mission de Médiation, voire de Sauveur du patriarche de la tijaniyya n'était pas facile. Il lui fallait être particulièrement conquérant, mais aussi et surtout, foncièrement cultivé... car, ce n'était guère par les armes ou l'autosatisfaction qu'on pouvait triompher d'un système actif d'assimilation culturelle, mais par les idées, l'ouverture d'esprit et l'instruction. Il va sans dire que sur ces domaines, Seydil Hadj Malick était imbattable... Paul Marty, en mettant en exergue l'importance des bibliothèques du Sénégal, citait en première position celle de Maodo et affirmait sans équivoque : Cette affirmation de Marty est d'autant plus justifiée qu'il trouvait dans la bibliothèque de Maodo une variété de documents qui ne concernait pas exclusivement le domaine religieux de l'islam, mais aussi d'autres domaines, car s'y trouvait des Bibles venant des missionnaires chrétiens et d'autres livres offerts par le Gouverneur général. Cette diversité de documents témoigne de l'ouverture d'esprit de Seydil Hadj. Par ailleurs, Marty n'a fait que confirmer et compléter les propos de Destaing Edmond, Directeur de la Médersa de Saint-Louis, qui déclarait, après une visite chez Maodo en 1908 :
SON CURSUS
« Quoique d'origine toucouleure, celui-ci est le chef d'un très important groupe de Tidianïa Ouolof. Les indigènes du Cayor et de la voie ferrée Dakar-Saint-Louis, ainsi que la plupart des électeurs et élus noirs des quatre communes de plein exercice du Sénégal, sont tous sous son obédience directe ». Pourtant, ses moyens matériels étaient trop limités... mais ses ressources spirituelles, inépuisables. Ainsi, avait-il habitude de dire que la seule arme dont il disposait était son chapelet. A l'image du prophète, il est né, alors que son père n'était plus de ce monde, mais il avait un oncle Al Fâhim Mayoro qui était déjà informé de son destin éclatant par le Cheikh Umar Al Fouty, avant même sa naissance. L'attachement de Maodo à l'égard prophète était sans commune mesure. En effet, une fois à Médine, il ne voulait plus quitter. Il voulut y demeurer éternellement, ivre qu'il était de son amour pour cet élu du Miséricordieux. Il y demeura un certain temps, jusqu'à ce qu'un serviteur de Dieu, vienne lui dire "Votre pays à besoin de votre érudition". Il se décida alors à revenir au bercail pour accomplir sa haute et très noble mission de SAUVEUR.
PÔLE DE SON TEMPS
Serait-il exagéré de lui attribuer le titre de Pôle (Qutb) de son temps, tant et si bien qu’il fut la personnalité religieuse la plus influente, et l'autorité musulmane la mieux écoutée ?
Paul Marty témoigne en 1917 : « L’influence exercée par Al-Hadji Malik s’étend à tout le Sénégal, sauf pourtant aux régions du Haut-Fouta toucouleur. Elle est particulièrement sensible dans tout le bas Sénégal, de Saint-Louis au Saloum. Ce marabout paraît être à l’heure actuelle le Cheikh religieux le plus important et le plus considéré de la colonie, comme il en est le plus lettré et le plus sympathique. Beaucoup de points litigieux en matière religieuse, morale ou culte lui sont soumis. C’est lui notamment qui, s’il y a doute, fixe le jour de l’ouverture ou de la rupture du jeûne pour le ramadan ». RESISTANT HORS PAIR
En 1919, il eut la visite surprise d'El Hadji Abdoul Hamid Kane, qui l'informa d'une mesure inopportune du commandant de cercle Paul Brocard, interdisant formellement les appels à la prière et les séances de wazifa... Maodo se confia alors à son "Confident", le prophète Muhammad Sws, à travers une qaçida de cinq strophes débutant en ces termes : ALÂ YÂ RASSÛLAL-LÂHI YÂ AF’DALAL WARÂ Oh, Messager d’Allah, Oh Meilleur des créatures.
Il s'agit d'une qaçida de cinq (5) strophes, à l'image des cinq (5) piliers de l'islam et des cinq prières (5) quotidiennes qui a eu pour "effet" la révocation quasi instantanée de l'autorité coloniale auteur de cette malencontreuse décision... à savoir, moins d'une semaine après.
Cela veut dire que Maodo a dû résister à bien des contraintes pour le triomphe de ses idées.
GRAND STRATEGE
C'est ainsi qu'il mit en place, partout ou l'occasion le lui permit, des daaras de haute facture pour l'éducation de base et l'instruction des populations. En grand visionnaire, il n'eut guère le radicalisme d'un Lat Dior Diop...
Ainsi pour la réussite de sa mission, mit-il à profit les infrastructures du colon, notamment la liaison ferroviaire Dakar-Saint-Louis-Dakar qui lui permit de faire la navette entre ses points stratégiques (les métropoles) afin de coordonner le déploiement de ses "troupes". FORMATEUR
Au moins quatre-vingt dix-neuf séminaristes, de grands érudits, furent décomptés dans cette phase de Ndiardé. Après le séminaire de Ndiardé, Maodo instaura comme le qualifie Marty, l'université populaire de Tivaouane ou d'autres érudits furent formés et responsabilisés dans le cadre de la vulgarisation des enseignements de l'islam. Paul Marty de décrire : « La caractéristique de la zaouïa de Tivaouane, c'est qu'elle constitue une véritable université populaire. Elle a formé une quantité considérable de maîtres d'école coraniques qui se sont répandus à travers le bas Sénégal, ont formé à leur tour une nouvelle pléiade de maîtres et ont ainsi contribué à répandre largement les rudiments de l'enseignement musulman... » Marty de poursuivre : « L'enseignement d'Al Hadj Malik, d'abord ambulant, puis fixé à Marné et enfin définitivement implanté à Tivaouane, cœur du Cayor, a été un des gros facteurs de la diffusion de la science coranique, et partant un agent de plus intense islamisation, au Sénégal, pendant le dernier quart de siècle ».
CONQUERANT
Ses Lieutenants se retrouvent partout au Sénégal et dans la presque totalité des territoires de l'AOF, même si dans une certaine mesure, les espaces d'obédience omarienne ou mauritanienne ne constituaient une préoccupation chez lui. Cela veut dire que son objectif n'était guère de concurrencer ses prédécesseurs, loin de là, mais de continuer leur mission. N'est-ce pas lui, le successeur d'El Hadji Omar ? Avant même sa naissance, Al-Foutiy annonçait sa venue à son oncle Alfâhim Mayoro, en lui confiant que "ce futur Malick sera le continuateur de ma mission. Il partira des limites de mon terroir et avancera jusqu'aux collines de l'extrême ouest (Les Mamelles)". Seulement, à la différence de son valeureux prédécesseur qui était obligé de prendre les armes, Maodo devait surtout utiliser des moyens intellectuels pour atteindre son objectif. C'est ainsi que le royaume ceddo ainsi que les métropoles coloniales, constituèrent ses priorités.
LE ROYAUME CEDDO
Maodo, le pôle avisé, avait-il seulement pris connaissance de cette position stratégique du Cayor ? Notons toutefois que l'objectif de Maodo n'a jamais été de combattre les valeurs culturelles du terroir, mais le fait que son gamou ait survécu à celui à caractère païen montre tout simplement la considération que les populations lui accordaient.
LA CAPITALE DE L'AOF
1902 est l'année du transfert de la capitale de l'AOF à Dakar. Paul Marty, dans ses notes statistiques, déclarait : « On trouve à Dakar trente écoles qoraniques, soit trente marabouts enseignants. Sur ce nombre, vingt-huit sont Tidianïa, soumis pour les neuf dixièmes à l'obédience d'El Hadj Malik ». PONTY-VILLELa déclinaison "Ville" suivant le nom d’un colon existe dans la presque totalité des colonies françaises : - Brazzaville au Congo,
A l’instar de ces pays, le Sénégal allait avoir sa PONTY-VILLE... Puisque les lébous de Dakar étaient à couteaux tirés avec l'autorité coloniale, notemment au sujet de la délocalisation de certains quartiers du Plateau. Maodo a pu assurer la médiation en demandant aux lébous d'émigrer vers Tilène comme l'avait fait le prophète en s'installant à Médine... ainsi leur annonçait-il la récupération de leur terre du plateau dans un certain avenir. Alors, pour le nom du nouveau quartier, Maodo déclara « Madinatul-Munawwara », la ville du prophète. C’est l’actuel quartier de la MEDINA reconnu par arrêté le 19 septembre 1914 par William Ponty. A la mort du Gouverneur Général Ponty en 1915, son successeur François Joseph Clozel a voulu rebaptiser la Médina en Ponty-Ville, mais il n'a pas été suivi par les populations, entièrement acquises à la cause de Maodo. Etait-ce par ignorance, mépris ou provocation de la part de ce nouveau Gouverneur Général ? En tout cas, Clozel a finalement bien reconnu les mérites de Maodo puisque, par décision du 28 avril 1916, il notifiait ainsi qu'il suit la liste des membres du Comité Consultatif des Affaires Musulmanes de l'AOF :
Par ailleurs, avec cet amour et son dévouement vis-à-vis du prophète, il en arriva à dire qu’il relèverait le défi d’être au moins le cinquième khalife du prophète après les illustres compagnons : Abou Bakr, Umar, Uthman et ‘Aly.
AUTRES TERRITOIRES DE L'AFRIQUE
En grand Missionnaire, Maodo ne pouvait ignorer les espaces importants de l'Afrique de l'Ouest. Alors, même s'il ne s'est personnellement déplacé, il a quand même envoyé ses représentants. Ci-après, quelques exemples : - En Côte d'Ivoire, il fut représenté, entre autres, par Serigne Amadou Bouya Gueye, El Hadji Médoune Cissé,
LA CAPITALE DE LA METROPOLE
LA CAPITALE DU SENEGAL
En 1922, année de la pose de la première pierre de la grande mosquée de Paris, Serigne Babacar Sy, son héritier spirituel, venait d'achever la construction de sa mosquée de Saint-Louis dont il lui remit les clés... Acte fort remarquable qui symbolise le clou de son apostolat et le passage de témoin entre l'apôtre et son successeur et héritier, car hélas, nulle créature n'est éternelle... Seydil Hadj Malick quitte ce monde à la même année, précisément le 27 juin 1922.
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